Dimanche 11 janvier 2009
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15h30 samedi 10 janvier 2009, Place de la République, Paris.
En sortant de la bouche de métro, on perçoit très vite l'ampleur de la mobilisation et surtout, de la colère.
La foule est jeune, métissée, à dominante maghrébine, mais pas seulement. On retrouve aussi dans le cortège des syndicalistes de la CGT, le Parti Communiste, la LCR, et des
anonymes venus apporter leur soutien à
la cause palestinienne, parfois en famille. On ne peut donc pas parler de manifestation communautaire, et c'est tant mieux. Etonnant mélange des genres cependant, quand la gauche
laïque défile au milieu des chants religieux musulmans. Et quand les drapeaux du Hamas flottent sur le trajet République-Bastille-Nation, on croit rêver.
En remontant le cortège, je tends l'oreille: des "Allah Akhbar" scandés par la foule viennent
ponctuer les slogans "Israël assassin", ou encore "Médias français montrez la vérité". On chante aussi à la "gloire" de ceux qui, "avec des pierres, ont chassé les
colons."
Plus on remonte la manif, plus les slogans s'apaisent. Mais quand même, une pancarte sur deux compare Israël à l'Allemagne nazie, les croix gammées remplacent l'étoile de David au milieu du
drapeau de l'Etat hébreu, les mots "génocide" ou "Shoah" sont employés à tout va, et ça n'a pas l'air de choquer grand monde. Des tracts nauséabonds dénoncant d'obscurs complots sionistes circulent dans la foule. Sur l'un d'eux, on apprend
que Rockfeller a fait nommer Barroso à la tête de l'UE... On nous cache tout, on nous dit rien, c'est Dieudonné qui va être content.
Et soudain on se dit que là tout de suite, au milieu de cette
manif', on ne se sent pas, mais alors pas à l'aise du
tout.
"On peut pas gérer toutes les pancartes"
A l'entrée du Boulevard du Temple, une tente a été montée par le collectif "Génération Palestine".
Des dizaines de personnes font la queue pour acheter des keffiehs, des tee shirts ou encore des drapeaux palestiniens. Il parait
que c'est du commerce "solidaire". 10 euros le keffieh, 6 euros le drapeau. Un grand succès. Je rencontre Item, responsable parisien de "Génération Palestine" qui m'explique tout
ça dans une interview rapide.
"Dans mon immeuble,... ils rasent les murs (...)"
Pendant ma conversation avec Item, un vieux monsieur tend l'oreille, quand je lui demande à la fin de
l'interview de me traduire les inscriptions figurant sur l'emballage d'un keffieh qui traîne par terre, il me confirme bien qu'il s'agit bien de produits "made in Palestine" et la discussion
s'engage.
Lui, il habite dans le 19eme arrondissement avec sa famille, et ses voisins sont des juifs pieux loubavitch. Quand on l'ecoute on a pas envie d'être à leur place. Morceaux choisis:
Micro éteint, ce
monsieur finira par m'avouer qu'il trouve quand même qu'on en fait vraiment trop avec la Shoah, et que les juifs ont décidément la mainmise sur tous les médias. Pour voir la vérité sur ce
qui se passe à Gaza, il me conseille de regarder Al Jazeera. J'y manquerai pas. Le ton commence à monter quand une femme m'interpelle et me demande ma carte de presse. C'est tout juste si
elle ne m'accuse pas d'être un agent du Mossad. Ils sont partout j'vous dis.
"Allah Akhbar"
Arrivé à la Bastille, l'ambiance est
assez étrange. Une dizaine de jeunes sont montés sur la colonne et déploient un grand drapeau Palestinien. Pour donner un peu d'effet à leur petite mise en scène, ils brûlent un drapeau Israélien
pour faire joli. Cette performance jette quand même un froid dans l'assistance. Je trouve ça plutôt rassurant et j'ai presque l'impression que certains se demandent un peu ce
qu'ils sont venus faire ici, finalement.
Je prends le métro pour retrouver la tête du cortège à la Nation alors que la nuit tombe. Au micro le
speaker se félicite de la mobilisation d'aujourd'hui, il appelle a une minute de silence qui sera bien respectée.
Par JNB
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