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d e l a f u l g u r a n c e
Répondant à l'appel
de la FNSEA et du syndicat des Jeunes Agriculteurs, les producteurs locaux étaient mobilisés ce week-end pour protester contre les marges pratiquées par la
grande distribution. De nombreux blocages ont eu lieu dans toute la France. Reportage dans la Sarthe.
"Les agriculteurs sont revenus, ils faut évacuer le magasin messieurs-dames". Samedi 13 juin vers 12h30, les clients du Centre E. Leclerc de Château-du-Loir (72) ont dû
abréger leurs courses.
"Hier, ils ont bloqué les clients d'un Super U" prévient une chef de rayon. La caissière aussi est inquiète, mais pour d'autres raisons: "J'espère qu'ils vont nous laisser sortir, je
voudrais bien profiter du beau temps".
Tout autour du rond-point d'accès au centre commercial, une dizaine de
tracteurs sont garés sous un soleil de plomb. Producteurs de lait, de porc, de pommes, ils sont venus en famille des quatre coins du département pour bloquer le
Centre commercial "Loir & Bercé" situé à mi-chemin entre Tours et Le Mans.
"C'est sur le frais qu'ils margent le plus"
Dès 13h, plus aucun client ne rentre dans l'hypermarché. Les derniers chanceux qui ont eu le temps de remplir leur caddie ressortent du parking au compte-goutte. On leur tend un
tract qui détaille la "composition du prix de plusieurs produits alimentaires". Ce document est le résultat de relevés de prix réalisés pendant un an dans les linéaires par les
agriculteurs eux-même. On y apprend que sur un jambon vendu 12€ le kilo en grande surface, seuls 1,4€ reviennent au producteur. Sur le lait, les pommes, le vin, même combat. A chaque fois,
le distributeur empocherait entre 30 et 60% de marge, sans compter les coûts de transformation. "Et c'est sur nos produits, sur le frais, que les marges sont les plus
élevées" résume un producteur de pommes.
"On n'a plus rien à bouffer"
"On peut plus continuer comme ça, ça fait deux ans qu'on fait des petites actions rien ne se passe, maintenant, on n'a plus rien à perdre" lance un éleveur de porcs. Bras croisés,
excédée, la femme d'un laitier opine et ajoute: "on n'a plus rien à bouffer (...) je peux vous dire qu' à la maison, c'est pas gai tous les jours..." Regardez cet autre
témoignage en vidéo:
Déjà 14h00. Les pourparlers se poursuivent entre responsables du magasin et agriculteurs. "Bon, et on fait quoi maintenant ?" demande le
directeur. Même le boucher du Leclerc est venu parlementer "pour nous aussi c'est dur vous savez...". La discussion est animée mais reste courtoise, chacun assure comprendre le point de
vue de l'autre, et à quelques dizaines de mètres le reste du personnel du Leclerc observe la scène. Avec leur vestes bleues floquées "A votre service", ils forment un cordon à
l'entrée du magasin. Triste face-à-face entre ces deux France "qui-se-lèvent-tôt", ou quand chacun défend son bout de gras, sous l'oeil torve des gendarmes.
On parle de l'Europe, des "politiciens", du pétrole, et un mot revient bien sûr en boucle dans la conversation: La crise. Une commerçante indépendante venue faire une animation au
magasin ce samedi tombe au moins d'accord sur un point avec les agriculteurs: "C'est à peine si on a de quoi mettre de l'essence dans la bagnole" Elle aura perdu une après-midi entière
de chiffre d'affaires, "vous auriez pu faire ça un lundi quand même..." concluera-t-elle avant de s'en aller.
"On n'est pas là pour casser"
A côté des tracteurs, un barbecue a été fabriqué avec des parpaings. A l'heure de l'apéro c'est kro et vin blanc pour tout le monde, les gamins rigolent et l'ambiance est bon
enfant.
Apparement ce n'était pas le cas la nuit précédente.
Un tas de pneus à moitié fondus, et des bornes descellées du bitume témoignent en effet des violences de la veille. "il faut pas nous mélanger avec eux, nous on est pas là pour casser, faut
rester réglo" me précise un éleveur de porcs de la région. Le directeur du magasin lui, est amer:
Au coeur des discussions, au plan national, figure la fameuse LME (Loi de
Modernisation de l'Economie) qui depuis le mois de janvier, a liberalisé les négociations entre fournisseurs et distributeurs. Objectif du gouvernement: une baisse des
prix pour le consommateur final. Problème, les acteurs de la grande distribution semblent avoir maintenant les coudées franches pour faire jouer la concurrence à plein, et pressurer toujours
plus les producteurs. "L'Observatoire des marges et des prix" créé en 2008 était censé
palier ce risque, en vain.
Suite aux mobilisations du week-end, le Secrétaire d'Etat à la Consommation Luc Chatel a annoncé la création d'une "Brigade de Contrôle de la LME" pour rassurer les agriculteurs, et faire
enfin toute la lumière sur l'opacité des marges, avec des sanctions possibles. La FNSEA semble avoir été sensible à ces annonces, puisqu'elle appellait samedi soir à la levée des
blocages.
A lire, la position de Michel Edouard Leclerc sur
lefigaro.fr
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