Partager l'article ! Et pourtant ils existent: "Ils ont tout ramassé Des beignes et des pavés Ils ont gueulé si fort Qu'ils peuvent gueuler encore ...
d e l a f u l g u r a n c e
"Ils ont tout ramassé
Des beignes et des pavés
Ils ont gueulé si fort
Qu'ils peuvent gueuler encore
Ils ont le cœur devant
Et leurs rêves au mitan
Et puis l'âme toute rongée
Par des foutues idées
Y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent
Les anarchistes"
Léo Ferré
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Ils étaient à Strasbourg à l'occasion du contre-sommet de l'Otan. Quatre jeunes anarcho-autonomes acceptent de témoigner et reviennent pour nous sur les
évènements qui ont eu lieu début avril dans la capitale alsacienne. Une bonne occasion de mieux cerner le sens de leur engagement, les formes de mobilisation qu'ils
pratiquent, et leur idéal de société. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est bien éloigné du modèle Sarkozyste.
"C'était pas peace & love", quand on lui demande de raconter les affrontements de Strasbourg entre manifestants et forces de l'ordre, Tristan*, 20 ans, tout de noir
vêtu, préfère l'ironie pour décrire l'ampleur de la répression policière. "Quand on a des hélicoptères qui nous attaquent au gaz de guerre, avec l'infanterie qui nous charge
au canon à eau, c'est quand même une répression assez violente (...) c'était organisé sur deux territoires nationaux: l'armée allemande et l'armée française, la police allemande et la
police française, tout ça contre nous". Il va même plus loin en affirmant que la police les a poussés vers les voies ferrées, au risque de provoquer un accident. "Les bakeus
nous shootaient au flash balls (...) on aurait pu avoir de gros problèmes électriques, là c'était pas deux gamins poursuivis, on était des centaines".
Pour Marie*, 21 ans qui était aussi sur place, c'est en effet à une véritable "course- poursuite dans la forêt" que se sont livrés les protagonistes en ce
jeudi 2 avril, deux jours avant la manifestation officielle prévue par le contre sommet de l'Otan. Il faut dire que ceux qui étaient de sortie ce jour là n'etaient pas venus pour
prendre le thé... Tristan raconte : "On est partis dans un black block de 600, tous en noir (...) on est passés devant une caserne militaire qu'on a
saccagée littéralement (...) on a aussi attaqué l'antenne d'un commissariat où il y avait des scooters saisis, on les a libérés pour les gamins qui nous aidaient".
Justement, une convergence des luttes entre la "banlieue" et les mouvements autonomes est-elle envisageable ? Pas sûr, mais les habitants du quartier populaire du Neuhof où se
sont déroulés les heurts semblent avoir manifesté une certaine solidarité avec les anti-OTAN, notamment à cause du comportement de le police: "ça a organisé
beaucoup de résistance, les habitants planquaient des gens dans les caves !(...) la population locale, ça a été notre meilleur appui". A entendre Tristan, c'est d'une véritable
guerre dont il s'est agit ce jour là. "une guerre à blanc" souligne-t-il en souriant, " mais qui donne une idée de comment ils se comportent là-bas, en Afghanistan ou en Irak".
Une guerre et donc des ennemis.
Cette fois c'etait avant tout contre la militarisation du monde incarné à leurs yeux par l'OTAN que les manifestants s'étaient rassemblés à Strasbourg, mais pas seulement. Pour
Julia*, 28 ans, qui était également du voyage, les médias "n'expliquent pas le pourquoi des actions des Blacks Blocks, on appelle ça des casseurs... et point"
Pour elle ce n'est pas un hasard si l'hôtel Ibis a été attaqué. "Ils s'en prennent au capital, c'est à dire un hôtel du groupe ACCOR".
L'ancien poste frontière incendié? Une traduction d'une autre revendication de certains blocks: les "no border", pour qui la notion même d'Etat est à bannir. C'est
l'avis de Tristan: "On a même pas mille ans, être français ça n'a aucun sens".
Pour comprendre le mouvement autonome, il faut sortir des shémas du militantisme classique. Ici, ce sont les causes qui rassemblent les individus dans la lutte, certainement
pas les organisations. Que ces dernières soient syndicales, associatives ou politiques, les autonomes refusent de se soumettre à leurs appels ou à leur
hiérarchie. Les individus se mettent en mouvement de leur propre chef. Tristan tente une définition un peu schyzophrène : "C'est chacun tous ensemble (...) ce sont des initiatives
personnelles, on a une liberté de choix beaucoup plus importante que dans la société réelle". Et Marco*, 30 ans, d'ajouter, "c'est plus facile de s'organiser quand chacun est vraiment acteur
qu'avec un groupe qui suit un leader".
Si les luttes des autonomes sont multiformes, un consensus apparaît sur certains thèmes. Tous se retrouvent dans l'anti-capitalisme,
l'anti-autoritarisme, l'anti-fascisme, l'Ecologie, et pour Julia, plus généralement "contre toutes les formes de pouvoir et de domination d'une élite qui peuvent exister".
Contre-sommets, squatts artistiques ou politiques, manifestations, à chaque cause sa forme de mobilisation.
Quand on leur parle du livre "L'insurrection qui vient" (La Fabrique,2007) qui inquiète tant le ministère de l'Intérieur, la réponse est sèche. Tristan parle du
"point de vue d'une bande de potes", en aucun cas de la bible des anarcho-autonomes: "On a pas d'idéologue" tranche-t-il. Et Julia ajoute: "On n'est pas en train
d'essayer de trouver quelqu'un qui pond un livre sur lequel on va se baser".
Et n'allez pas leur parler pas de communistes ou de Trotskystes, "Trotsky a ordonné de fusiller les anarchistes en Ukraine quand il était chef de la police politique en
1921..." rappelle Tristan. Les références historiques sont omni-présentes dans le discours. Leur modèle? les anarchistes espagnols qui fondèrent des
villages auto-gérés pendant la guerre civile, avant d'être massacrés par Franco "ça a très bien marché" précise Marco, "et en temps de guerre en plus".
Concrètement, comment pourrait fonctionner un tel systeme en France ? Marco rêve d'une "organisation en auto-gestion avec des fédérations", et Tristan souhaiterait "une réelle organisation
sur les choses essentielles comme l'eau, la nourriture, les hopitaux, tout ça c'est fondamental, on peut appeler ça un service public autogéré oui... " il voit dans les "mandats
impératifs" une solution au problème de représentativité des élus: contrairement au mandat représentatif, "on élit une personne, révocable, et obligée d'appliquer les promesses, on vote
pour le programme et pas pour la personne (...) au niveau des municipalités c'est tout à fait possible". Il suffisait d'y penser.
Au bout d'une heure de discussion, on finit par se dire que ces quatre là doivent quand même être bien malheureux dans la société actuelle. Tristan répond du tac au tac: "Je pense qu'on
est plus heureux, et puis il faut bien qu'il y ait quelques précurseurs pour ce que sera la société demain".
Demain c'est loin ? Dans L'insurrection qui vient le Comité Invisible dresse ce constat "Le présent est sans issue. Ce n'est pas la moindre de ses vertus. (...) L'incendie de
novembre 2005 n'en finit plus de projeter son ombre sur toutes les consciences. Ces premiers feux de joie sont le baptême d'une décennie pleine de promesses".
Nous voilà prévenus.
* Les prénoms ont été modifiés
* crédits photos noir et blanc: cellyne
Voici deux cartes, où l'on constate que le village des autonomes et le parcours de la manifestation étaient bien éloignés du centre ville...
Le village auto géré
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le plan
le parcours de la manif du samedi 4 avril
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